hjfgyt


Terres franches rurales

>Terre franche : dans le "Dictionnaire du jardinier" se dit d'une terre contenant de manière idéale les quatre éléments de base que sont le sable, le calcaire, l'humus et l'argile. ...

>>Un maire invente la "zone franche rurale"
En inventant le concept de "zone franche rurale" le maire de Fayet, petite commune du l'Aveyron, poursuit l'objectif d'obtenir des avantages fiscaux et des allégement de charges pour l'artisanat et le commerce ruraux.
Source : La dépêche du midi (Lavelanet) 06/02/03

>>>Ivan Louette, responsable de la Roseraie environnementale de Chaumont-Gistoux

Considérer toute la vie comme une zone franche est mon attitude.

Mon expérience est multiforme, artistique, botanique, éducative, philosophique. Toutes ces dimensions étant interconnectées, mes zones franches "à moi", celles où je m'exprime avec le plus d'audace n'ont pas de limites précises ni définitives ; elles sont comme des bancs de sable au milieu d'un fleuve, modelées au gré du courant de mes connaissances, de mes expériences et des contingences.

Transposer l'idée de zones "franches" de libre entreprise en celle de zones de franchise et d'imagination artistique ou professionnelle m'a posé d'emblée la question de la liberté. La liberté c'est comme l'amour : si vous la laissez toute seule elle se perd. La liberté comme simple état d'âme, l'amour comme simple état d'âme sont plus ou moins faciles à assumer parce qu'ils ne concernent qu'un individu, que l'une des parties. La liberté pour moi implique plusieurs protagonistes, ...et comme l'amour elle est indispensable ! Libre de responsabilités vis à vis de l'autre ?

La liberté, comme l'amour en action impliquent la responsabilité. L'idée d'une zone franche est celle d'un lieu où on a plus de droits et de libertés qu'ailleurs. Le droit de = la libertéé de ; quand on envisage les choses de cette manière on comprend mieux que la liberté absolue, qui équivaudrait à avoir tous les droits est une utopie! Dans mon esprit la liberté et le respect de l'autre rejoignent le sacré, de manière panthéiste. L'autre ça peut-être la plante spontanée, pas là par hasard, ça peut être l'insecte duquel on a peur dans les herbes hautes.

Un grand autre à respecter pour moi, c'est la nature.

Étant enfant, je me souviens de l'été comme un des moments intéressants au jardin ; il succédait à un printemps de couleurs vives, de textures molles ou fragiles en apportant le côté solide et tactile des fruits secs : en gros, ça faisait moins de dégâts d'aller marcher dans les parterres en été et d'y récolter dans leurs infrutescences séchées les graines des ancolies, des primevères, des monnaies du pape, les akènes des benoîtes. Tout ça, c'était là, ça avait le droit d'y être et j'avais le droit d'être au milieu, en liberté. Jamais à cette époque je n'aurais trouvé ça laid, ou je n'aurais jamais demandé à l'été d'être plein de fleurs qui fleurissent sans arrêt. À cette époque, pas de jardins formels ou exclusivement ornementaux dans mon environnement, simplement des parterres dispersés, parfois le long des potagers (le mythique jardin de curé), mais pas toujours. Pas toujours en façade non plus, car bien souvent plus destinés au plaisir des yeux de l'habitant qu'à épater la galerie. Je n'ai connu les pelouses qu'assez tard : à front de rue devant la maison c'était une prairie fauchée et ailleurs des pâturages à moutons, ...et comme l'ensemble des herbages était un peu sous-pâturé, les herbes étaient hautes et en touffes épaisses à certains endroits, au point qu'ayant peur des insectes et des araignées je ne m'y aventurais qu'avec un mélange de circonspection et de respect. Jamais je n'aurais imaginé détruire ce qui m'inspirait de la crainte ; c'était là et ça avait le droit, la liberté d'y être. Je ne me suis jamais senti aussi libre qu'au milieu de cette communauté d'organismes vivant eux-mêmes en liberté.

Si je veux continuer à me sentir libre et si je veux partager cette sensation, j'assume la responsabilité de préserver cette forme de liberté, de ménager des zones franches à l'expression de la nature.

Récemment je me faisais la réflexion que des plantes aussi communes dans mon adolescence que le géranium mollet étaient en voie de disparition ; j'éviterai donc soigneusement de le tondre trop ras dans mes quelques espaces de pelouse. De plus en plus je scrute les plantes spontanées qui y pointent le bout du nez, ...non pas pour brandir mon pulvérisateur et éliminer tout ce qui "dépasse" (intellectuellement s'entend) mais au contraire pour les éviter, en laisser pousser suffisamment pour récolter leurs graines, en transplanter certaines. Libre de conventions sociales ?

En tant que jardinier/pédagogue, mon principal but est de de montrer que des ponts peuvent être jetés entre mon amour (et par conséquent mon profond respect) pour cette nature en liberté et ma fonction de jardinier. Pour cela je dois passer par le parcours du combattant de faire avancer des solutions novatrices dont la mise au monde ne s'est pas passée sans douleur. Même si leur survenue semble parfois magique, les idées ça ne vient vient pas fortuitement. Il faut bien souvent être confronté à une situation qui demande une solution et devoir se débattre pour la trouver, en particulier contre ses habitudes, ses préjugés, les idées reçues.

Au jardin comme partout ailleurs, la pression des conventions sociales est très forte, cela en particulier dans une province comme la nôtre ou bien souvent le jardin au même titre que la voiture est le signe d'une certaine manière de voir la réussite économique. Par conséquent une grande souffrance est de désirer partager une manière de vivre différemment au jardin alors qu'on sait qu'on sera parfois mal compris, interprété comme un empêcheur de tourner en rond, et donc rejeté par certains. Oser montrer la nature dans une semi-liberté est pourtant une première étape indispensable pour commencer à la partager. Mais c'est une école de vie ! Passé par là et par l'intolérance manifestée vis à vis des plantes sauvages et de la nature libre (1.) on imagine bien plus facilement les souffrances des catégories socialement rejetées. (1. au cours d'une promenade il y a quelques jours je m'apercevais que les agriculteurs avaient semé du gazon, ou en tous cas une graminée choisie au bord de leurs champs ...!)

Herbes folles de Terre Franche, réveillez-vous, ils sont devenus fous, ils ont oublié l'esprit de liberté qui anima nos territoires communaux durant neuf siècles !!!) Au jardin il m'est arrivé plus d'une fois d'être découragé par la charge d'une certaine manière de travailler. Pour me sortir de ces situations j'ai dû innover en changeant la manière, et pour la changer j'ai dû en fin de compte la débarrasser de tout un poids de conventions. Mais il ne faudrait pas imaginer que ça s'est passé tout seul. Au commencement, il y a le doute, et surtout le pire, le plus insidieux de tous : le doute de soi et de ses capacités ! On se dit " mais dans quoi me suis-je embarqué, j'étais vraiment présomptueux, comment ai-je pu songer que je pourrais assumer une telle charge de travail ? ".

On se demande aussi si on a raison de continuer, et si on a raison tout court ! Puis quand le ver est dans le fruit, quand on commence à comprendre qu'un certain nombre de conventions occasionnent le plus gros des dépenses d'énergie, on commence à douter moins de ses capacités à accomplir une tâche qui, une fois débarrassée de ce superflu pourrait se retrouver considérablement allégée. Un autre doute s'installe, mais moins profond bien qu'encore préoccupant : celui de savoir si une fois certaines conventions contraignantes "jetées au compost" on ne risque pas de se faire traiter de "vaurien" (2.) ! Il faudra pourtant s'en faire une raison, ça risque arriver. À ce stade cependant, une nouvelle raison devrait nous motiver à aller de l'avant : en supplément de notre propre énergie, bien des conventions occasionnent des dépenses importantes en ressources énergétiques et matérielles éventuellement non renouvelables. (2. malheureusement on se rend compte rapidement que le gagne pain de beaucoup de jardiniers, comme celui d'autres métiers d'ailleurs est assuré à notre époque par ces conventions et l'image de réussite économique citée plus haut. Il sera évidemment long et difficile de modifier cet état des choses)

Libre de conventions tout court ? Reprenons un petit peu la signification du mot convention. Au départ, une convention c'est quelque chose qui a été convenu entre deux protagonistes ou plus (bien qu'on puisse également convenir de quelque chose avec soi-même). Mais si une convention implique l'engagement de faire une certaine chose d'une certaine manière, c'est qu'au départ il y avait une raison, un ou plusieurs éléments objectifs qui imposaient de prendre une décision, de convenir de quelque chose, pour se simplifier la vie, pour ne pas devoir réfléchir chaque fois à comment résoudre une question, un problème. Une convention, c'est une simplification, une gain de temps ; un raccourci clavier en est un exemple : on convient qu'on va attribuer une fonction particulière à telle combinaison de touches du clavier de l'ordinateur, de manière à ne pas devoir aller chaque fois "farfouiller" dans les menus du programme. Dans une société, quelle qu'elle soit, les lois, règlements et coutumes sont des conventions prises de manière à ne pas devoir se réunir devant le "conseil des ancêtres" à chaque nouvelle situation qui se présente. Au cours de notre éducation, de nos études, on est "pétris" de conventions et il est impossible de faire autrement. Il y a toutefois des parents qui argumentent auprès de leurs enfants et qui conviennent avec eux de certaines choses en fonction d'éléments objectifs qu'ils essaient de leur faire percevoir. Il y en a d'autres qui se contenteront toujours de dire "on ne peut pas" ; c'est déjà un problème ! Les choses se compliquent et la liberté s'"égare" (je veux dire qu'on la met dans une armoire quelque part où on a des chances de mettre du temps à la retrouver) à partir du moment où, par facilité on convient d'appliquer une convention déjà toute prête, une sorte de module préfabriqué et prédigéré par d'autres, qui ne se trouvaient pas nécessairement dans une situation semblable, qui n'avaient pas les mêmes motivations ni ... le même passé !!!

Là, les conventions s'emboitent l'une dans l'autre, deviennent "gigognes". Les jardins comme la vie sont souvent faits comme ça, d'un montage de modules ou même de "paquets" de modules, comme un "lego". Je me souviens d'avoir connu presque les débuts du Lego (du vrai, le jeu de construction) et de m'être beaucoup plu à imaginer des objets à partir d'un nombre réduit de blocs ; quand des personnages et autres pièces préfabriquées sont apparues je me suis senti moins à l'aise parce que moins créatif (ma créativité était bridée, je n'étais plus libre, d'autres avaient pensé pour moi). Et puis, quand on travaille avec des modules élémentaires (ou un nombre limité de conventions) il est parfois aussi plus facile de comprendre pourquoi une construction est bancale et d'y remédier ...! À l'inverse, quand on négocie donnant-donnant des "paquets" politico-économiques complexes sans même se soucier de leurs imbrications, on ne doit pas s'étonner que les choses aillent très mal.

Libre d'histoire ? La liberté, comme l'amour, c'est une chose en croissance, en évolution constante. Histoire = sclérose ? Le fait de tenir compte de choses liées à l'évolution historique (locale ou non) est-il un frein à l'inventivité, à la liberté créatrice ? C'est ce que bon nombre de commerciaux tentent de nous faire croire afin que nous dépendions uniquement de l'histoire (des histoires) qu'ils nous racontent. C'est nous faire prendre des vessies pour des lanternes, nous faire croire qu'il n'existe qu'une sorte d'inventivité noble, celle des affaires et du profit. L'homme a une tendance naturelle à s'acculturer, il rêve inconsciemment de s'affranchir de l'histoire des choses et de la sienne ; la publicité lui fait insidieusement imaginer qu'il jouirait plus intensément s'il était débarrassé de ces références. Au jardin par exemple, les plantes doivent être exotiques et n'avoir aucun lien avec l'histoire du lieu. La relation entre le sol et les plantes ne peut être que celle d'un contenant et d'un contenu (3.), "valorisée" par la médiation d'additifs : engrais, herbicides, pesticides qui n'ont rien à voir non plus avec l'histoire du lieu, et dont on ne doit pas connaître l'origine ni la composition ; seulement la marque ! Les plantes aussi, doivent avoir de préférence des noms de marques, et surtout pas des noms latins qui risqueraient de faire référence à leur origine. À moins que ces noms latins ne puissent donner lieu à une collectomanie rémunératrice ou que cette origine n'évoque une destination touristique ou quoi que ce soit d'autre de pseudo-culturel et en tous cas d'intérêt commercial. (3. en tant que consommateur passif, l'homme ne sera bientôt plus non plus qu'un contenant, une sorte de sac avec une soupape d'évacuation du trop plein ; qui sait, peut-être sera-t-il bientôt "guidé" dans ses dates d'accumulation et d'évacuation par d'éventuels coaches de vie, obligatoires, ...et partiellement remboursés par la sécu. On sera alors "libres d'avoir à choisir").

Libre de toutes connaissances ou références ? Imaginez que vous ayez perdu connaissance : pensez-vous que vous auriez le loisir de vous "sentir" libre dans une telle situation ? Forcément non, puisque vous n'en auriez aucune connaissance. Libre de connaissances est une formule absurde ; on n'agit librement qu'en connaissance de cause. La connaissance est donc indispensable à la liberté. L'inventivité pure, ça n'existe pas. Créer sans références, à partir de rien, c'est toujours créer à partir de soi (alors, à plus forte raison si on est sans histoire(s) ...!) Libre de tout "tuteur" Il n'y a pas de liberté sans libre arbitre. Le libre arbitre, c'est à dire la liberté d'interpréter les connaissances qu'on accumule, ça ne s'acquiert que progressivement, et au début cette autonomie ne s'acquiert pas toujours "tout seul" (dans tous les sens que recouvre cette expression).

En horticulture, franc de pied ça veut dire libre de porte-greffe. Jouir d'une certaine dose de libre arbitre , c'est en quelque sorte s'être affranchi de son porte greffe et être devenu libre d'aller où on veut à gauche et à droite, de descendre en profondeur dans la terre pour y chercher soi-même son énergie, sa nourriture sans assistance, ce que le porte-greffe vous empêche de faire ; car un porte-greffe, ça peut devenir comme un "tuteur-suceur" (un père ?) qui vous pompe autant qu'il vous apporte, ...et parfois, à force de ne vous distiller que ce qu'il veut bien, vous supplante ou vous "éjecte" (vous annihile) !!!

Libre de choisir son rôle. On nous prépare des générations d'emplois à bon marché parce que tout doit coûter moins cher. Allez essayer de boire un café de qualité aux U.S.A. ...! Je reprends en mains des espaces dont le service jardinage n'a plus le temps de s'occuper. En fait j'y travaillais déjà autrefois avec l'aide de la nature (qui y a continué son travail entretemps), et déjà je privilégiais d'agir par petites touches plutôt qu'à grands coups de machines une fois tous les 36 du mois. Ce que je fais dans ce service public qu'est la commune, si une entreprise privée devait le faire à ma place et de la même manière, ça coûterait trois fois plus cher à la collectivité ; non seulement le désherbage et la taille à la main ça coûte cher, mais quelle serait l'entreprise qui assurerait un suivi pédagogique, et à quel prix cela se ferait-il ? On pourrait imaginer des actions pédagogiques menées par des personnes qui ne sont pas celles qui assurent l'entretien, mais là il y aurait déjà un problème, un décalage, une superficialité qui s'introduirait. Ce qui me dérange encore plus profondément dans cette solution, c'est le cloisonnement des fonctions que cela introduirait. Une image encore du syndrôme de la fourmillière dont souffrent nos sociétés. Chacun à sa place dans sa fonction, et dans la société ; que personne ne sorte ...de son rôle !!! Car chez l'homme chaque fonction (l'être) se double d'un rôle (le paraître) et de plus en plus ce "cinéma" est à la base d'un contrôle social "engluant". À l'opposé, ce que je fais je l'ai choisi, même si certains sont allergiques à l'idée qu'on puisse choisir son devenir, qu'on puisse faire raccourcis ou mélanges entre métiers, toutes sortes de choses "peu claires", ...qu'on puisse par exemple "brader ses diplômes pour devenir jardinier".

Libre avec toute la vie comme zone franche. L'artiste peintre, ou sculpteur, a besoin d'une matière à travailler et d'un lieu de représentation ; l'infographiste a besoin d'un outil, d'un espace d'affichage qui est d'abord son écran ou celui des autres, d'un médium papier ou réseau. On imagine souvent erronément que le principal souci de l'artiste est la représentation (sa représentation) en un endroit donné à un moment donné ou sur un support donné. Il ne sagit là que d'une des composantes de l'art.

L'une des caractéristiques fondamentales de l'artiste, c'est peut-être ce besoin constant de triturer en liberté une matière et de communiquer le plus librement possible la sensation qu'il en reçoit ou perçoit en retour. Cette matière ça peut être bien sûr la peinture, le matériau brut ou virtuel, mais avant tout et à la base, ça a toujours été la vie elle-même, exprimée au travers de sensations et mise en scène pour permettre de la voir avec du recul. Et les meilleures mises en scène sont celles qui éduquent et stimulent à la liberté de point de vue.

Considérer toute la vie comme une zone franche est mon attitude. Simplement mon "effronterie" est plus dilettante à certains moments qu'à d'autres.

 

Chaumont-Gistoux terre franche
 
zones de
développement
zones de
création
Tanger zone
franche
réseau de
musiques du
monde
parcours d'artistes à Chaumont-Gistoux
comment
participer
qui organise
contact