Chaumont-Gistoux,
de terre franche en zone franche
"Hospitalière,
elle a gardé son caractère ancien de terre franche, relevant
de la Principauté de Liège et ses habitants rappellent
avec une certaine fierté empreinte de gaieté et de bon,
sens, cette prérogative qui semble transparaître jusqu'à
nos jours" André
Docquier, bourgmestre. In: Chaumont-Gistoux terre franche en roman pays
de Brabant.1976,
catalogue édité par le Ministère de la culture
française, lors de l'exposition sur le patrimoine artistique
des églises Saint-Bavon et Saint Jean-Baptiste.
Terre franche
"Par
son appartenance dès le Xe siècle aux terres de Liège
et par sa constitution en fief relevant du prince-evêque, la seigneurie
de Chaumont, bien que située en Brabant, a toujours constitué
une enclave dans le duché. Pendant longtemps cette situation
particulière semble avoir été acceptée.Les
difficultés ont commencé au début du XVIe s. ,
alors que nos provinces étaient réunies sous un même
prince et que le gouvernement était centralisé et plus
fort. Par son statut de terre franche du pays de Liège, la seigneurie
de Chaumont-Gistoux bénéficiait de certains avantages.Elle
ne fut jamais une franchise comme Wavre ou Incourt, c'est-à-dire
qu'elle ne reçut pas une charte de privilèges en faveur
de ses habitants mais elle était franche ou librevis-à-vis
des ducs de Brabant.
C'est
ainsi qu'un criminel brabançon pouvait se réfugier à
Chaumont-Gistoux où il demandait au maïeur d'avoir les franchises
de la terre et seigneurie de Chaumont, c'est-à-dire de bénéficier
de l'immunité. C'était au fond un droit d'asile.Le
requérant devait promettre de se tenir tranquille et de ne commettre
aucun forfait; il devait aussi payer un droit. Il était "sceur
de corps et de bien contre les officiers du Prince"(Cartulaire
de Bonne Espérance, t.VI, p 155. Munimens prouvant que Chaumont
est pays de Liège et non sous la juridiction de Louvain ou de
Brabant).
Les
habitants eux-mêmes jouissaient d'avantages précieux.
Ceux qui cultivaient des terres situées en Brabant, pouvaient
y mener leurs semences, fumiers et marles et ramener la récolte
en exemption de droits tant à l'entrée qu'à la
sortie. Ce privilège fut reconnu par le Conseil des Finances
au nom du Roi en 1670 (Cartulaire de Bonne Espérance, t.VI, p
848, acte du 16.09.1670). Les
habitants jouissaient aussi de l'exemption de droits quand ils allaient
chercher des marchandises ou des denrées alimentaires dans les
villes du Brabant. C'est ainsi que lorsqu'ils achetaient du vin à
Bruxelles, ils prenaient au Bureau de perception des droits un billet
qui leur coutait deux liards, ramenaient librement le vin à Chaumont
et renvoyaient le billet visé par la cour échevinale pour
prouver que le vin avait été bien mis en cave à
Chaumont et pour éviter ainsi toute fraude.(Archives de l'Etat
à Mons,AE,n°5420, requête de juin 1732). Il
est évident que pareille situation ne pouvait laisser indifférent
un pouvoir centralisé. (ndrl: Les Pays-Bas autrichiens)En 1546,
la cour échevinale dans un record solennel attesta que la terre
et seigneurie de Chaumont et de Gistoux était tenue en franc
fief de l'evêque de Liège, que tous les habitants avaient
toujours été francs en la terre de Chaumont et pouvaient
demander la franchise au maiëur.(Cartulaire de Bonne Espérance,
t.VI, p 155.)
Cette situation
particulière de Chaumont entraînait des conséquences
pour le moins curieuses. Nombre de malfaiteurs des villages voisins
y trouvaient refuge et les officiers de justice ne pouvaient rien contre
eux.La fraude y était encouragée car on n'y levait
pas les droits perçus par les Etats de Brabant sur les boissons.La
différence de condition provoquait des disputes fréquentes
entre les gens de Chaumont et leurs voisins.