

|
L'attitude
du bricoleur, celle de l'ingénieur et celle de l'artiste...
Gaëtan
Cordi (ingénieur architecte)
Extraits
de:
-
La structure et l'objet de Jean-Francois Pirson (Liège, Institut
Supérieur
d'Architecture Lambert Lombart ,1984,Pierre Mardaga, ed.) Le modèle
et la maquette
- La pensée sauvage, Claude Lévi-Strauss, Paris, Ed. Pion,
1962.
(Toutes les citations sont tirées du chapitre premier, La science
du concret,
pp. 26-44).
Le bricoleur
s'exprime avec un répertoire de matériaux hétéroclites.
L'ensemble de ses moyens n'est pas défini par un projet mais bien
par son instrumentalité (ce dont il dispose), des restes. Excité
par son projet, sa première démarche pratique est pourtant
rétrospective: il doit se retourner vers un ensemble déjà
constitué, formé d'outils et de matériaux; en faire,
ou en refaire, l'inventaire; enfin et surtout, engager avec lui une sorte
de dialogue, pour répertorier, avant de choisir entre elles, les
réponses possibles que l'ensemble peut offrir au problème
qu'il lui pose. Tous ces objets hétéroclites qui constituent
son trésor, il les interroge pour comprendre ce que chacun d'eux
pourrait "signifier" contribuant ainsi à définir
un ensemble à réaliser, mais qui ne diffèrera finalement
de l'ensemble instrumental que par la disposition interne des parties.
Lévi-Strauss
met ainsi l'accent sur les décisions que le bricoleur doit prendre
face aux éléments prédéerminés qui
entrent dans la construction de son bricolage. Décisions de choix
et de permutations qui l'entraînent chaque fois à revoir
entièrement la structure qui ne sera jamais telle que celle vaguement
rêvée, ni que telle autre, qui aurait pu lui être préférée.
L'ingénieur aussi interroge en inventoriant les connaissances théoriques
et pratiques dont il dispose. Mais l'ingénieur cherche toujours
à s'ouvrir un passage et à se situer au-delà, tandis
que le bricoleur, de gré ou de force, demeure en deçà,
ce qui est une autre façon de dire que le premier opère
au moyen de concepts, le second au moyen de signes.
Une autre
différence est que "le bricoleur y met toujours quelque chose
de soi". Ce résumé un peu sec peut se nuancer en reprenant
le texte original, néanmoins nous pouvons reprendre la conclusion
suivante: le bricolage (comme la pensée mythique) "élabore
des structures en agençant des événements, ou plutôt
des résidus d'événements", la science crèe
des événements.
16 février 2001
|