La cabane et sa relation à l'habitation
Gaëtan Cordi (Ingénieur architecte - Brux
elles)

 

Dans nos régions, la cabane est ce qui nous reste de primitif dans la manière d'habiter. Elle se construit un peu n'importe où, dans la forêt, dans un arbre, au fond d'un jardin, creusèe dans une concavitè naturelle recouverte d'un toit de branchage.
Elle se construit par n'importe qui, bricoleur à ses heures, avec des matériaux hétéroclites, naturels ou de récupération.
Elle se fiche d'être belle et c'est tant mieux
La cabane est une parenthèse humaine dans un lieu naturel. C'est un signe du passage éphémère de l'homme en ce lieu. Son emplacement ne se laisse découvrir qu'à travers un chemin balisé de petits signes. Le cheminement jusqu'au lieu fait déjà partie du secret de la cabane.
Je pense qu'il y a l'image d'une cabane en chacun de nous.
Si nous décrivions chacun notre cabane, nous aurions une multitude de petits objets bien différents les uns des autres.
Le concept "cabane" dépasse le cadre purement physique ou formel de la petite construction au fond du jardin. C'est une image plus universelle et plus sensible qu'on évoque à travers le mot cabane. Quelques bouts de bois placés a terre en carré délimitent déjà l'espace cabane, l'intérieur, le privé. Un drap de lit tiré entre le bureau et la chaise crée ainsi une belle cabane dans laquelle les enfants se sentent chez eux, maître des lieux.

L'objet cabane est avant tout une attitude vis à vis de l'espace à créer

©d'un enfant anonyme de Toulouse...

Sans le vouloir sans doute, l'attitude de la cabane s'oppose à celle de l'habitation contemporaine et ce sur beaucoup de points différents, certains déjà évoqués plus haut.

Dans son rapport au monde, la cabane est fragile: elle est contenue dans un environnement qui la dépasse. Elle reste précaire car sujet à destruction par son milieu: la pluie, le vent, le temps qui passe, un ordre de police pour "nettoyer tout ce brol".
A l'inverse, l'habitat, solide et définitif, contraint son milieu à sa loi. Le jardin, les haies et arbres s'organisent autour des habitations.
La cabane ne sert à rien en particulier. Elle peut-être cabane-outil, cabane-jeux, cabane-objet ou les trois à la fois ou rien de tout cela, juste un lieu sans raison, sinon celui de surprendre le passant.
L' habitation est réfléchie et pensée pour répondre au mieux à la fonction d'habiter. C'est une boîte multi-fonction dans laquelle, hormis la décoration de facade, rien n'est inutile.

La cabane se construit sur place et se repense au fur et àmesure de l'avancement de la construction. Elle est construite par un bricoleur qui a le plan dans sa têe et qui le vit en fonction d'un terrain spécifique et contraignant.
La maison est un produit pensé et créé en atelier, à l'extérieur du lieu. Le résultat est un produit déjà fini avant d'être commencé sur chantier. C'est comme une maquette agrandie à l'échelle 1/1.
La cabane ne se préoccupe pas de son apparence. Son aspect n'est pas réfléchit car c'est un espace qui se vit d'abord de l'intérieur. Elle s'assemble de fragments éparts qui forme la frontière, protège et recouvre. Son apparence est déterminée par les matériaux disponibles (le carton pour l'abris du SDF, la neige pour l'igloo, la terre-paille pour case africaines, les vieilles planches pour le local scout, etc...)
L'objet maison est souvent pensé d'abord en terme de façade et de volume extérieur (régit par des prescriptions communales) ensuite en terme de structure et d'espace intérieur.
Cette comparaison, certes un peu caricaturale, a pour but de repenser un instant notre attitude dans l'acte d'habiter, campagne ou ville, et de considérer sans nostalgie déplacée la distance qui nous sépare aujourd'hui de la construction traditionnelle.
Mais la cabane n'est pas pour autant un symbole de résistance à brandir au nez des promoteurs immobiliers!
Elle reste pacifique et solitaire, préférant grandir et mourir au hasard des lieux et des visites impromptues d'habitants de quelques instants.