LE SOIR - Nouvelles locales - Bruxelles (28 août 2000)

ANDERLECHT - Un pique-nique, place Bara, pour l'envol de la cahute de Benjamin

"Je ne vais pas changer le monde"

Le spectacle est terminé. Benjamin laisse derière lui beaucoup de bonne humeur et quelques bonnes idées pour redynamiser la place Bara. Un doux fumet a envahi les narines du passant, place Bara. Et pour une fois, ce n'est pas celui des gaz d'échappement... Des merguez et autres saucisses campagnardes, du boudin blanc, des brochettes, des bouts de lard grillent sur les braises de deux barbecues. Sous le soleil. C'est ainsi que dimanche, une bonne centaine de personnes sont venues dire adieu à Benjamin, le fou dans la "Bara-Ke" qui a bouleversé leur quotidien pendant une semaine.

Perché à huit mètres de haut dans la cahute qu'il a bâtie de ses mains, le jeune comédien anversois se prépare à baisser le rideau. Mais avant de saluer le public, le Robinson des temps modernes a convié tout le voisinage à un pique-nique sur sa plage de pavés. Et voilà la sinistre place Bara métamorphosée, jonchée de tables et de bancs, foulée par un voisinage soudain causant et souriant. Les convives se vengent de l'été pourri en se régalant d'un petit rosé moelleux. Quel pied! Ça devrait être comme ça tout le temps, lance un gamin barbouillé de sauce. Certains, comme Etienne de Watermael, sont parfois venus de plus loin pour participer à la fête.

J'ai entendu parler de Benjamin dans la presse et son histoire m'a amusé , explique-t-il. J'ai appris qu'il mettait des barbecues à disposition et comme je n'aime pas trop jouer avec le feu, j'ai décidé d'en profiter pour mon anniversaire. Je fête mes 51 ans ici avec une trentaine d'amis. Je ne suis pas forcément un adepte du pique-nique mais tout ce qui vise à redynamiser la ville m'enchante. Il aurait fallu faire de cette place une vraie place de quartier avec des arbres et un accès facile, plutôt que ce machin anonyme coincé entre la gare et Anderlecht...

Benjamin, après un petit coucou sur la terre ferme, est remonté dans sa cabane. Pour son dernier jour sur la place Bara, il a agrémenté la façade d'une immense tête de cygne. Il avait promis une "fête de l'envol", la voilà. Les parois latérales de la Bara-Ke se soulèvent et battent harmonieusement comme le feraient les deux ailes d'un oiseau.

La douce folie du comédien donne des idées au voisinage. Pourquoi ne pas installer une infrastructure plus solide pour faire des barbecues plus souvent? Ou surélever une partie de la place, pour y faire des concerts de temps en temps? Pourquoi ne pas installer votre baraque aux quatre coins de Bruxelles? Et Benjamin de répondre, irrémédiablement: Mais, madame, je ne suis pas l'homme qui va changer le monde... Quelques esprits chagrins refusent pourtant de prendre part à la fête. Moi je suis une pure Belge, lance une dame de retour du marché. Et le Belge a un esprit petit, il oublie vite. Benjamin, il a beau faire ce qu'il veut, il ne changera rien à rien. Mais Benjamin est déjà parti faire la causette à de moins grincheux: Je suis très heureux de cette expérience , explique-t-il. Les gens étaient vraiment très chaleureux, un peu comme le sont les personnes qui vivent à la campagne. Je ne m'attendais pas du tout à un tel succès, une telle gentillesse. Alors, demain c'est fini? Tu dors sous un vrai toit, dans un vrai lit? L'artiste ne répond pas mais le sourire qui se dessine sur son visage en dit long sur sa joie de retourner à la vie normale!

AURORE D'HAEYER