Jean Paul POUCHOUS. Professeur à l'Ecole supérieure d'Architecture de la Cambre. Contribution à La Cambre Information (22.01.2000)

"Un état bien dangeureux : croire comprendre"

Ces quelques mots de Paul Valéry ont introduit le troisième exercice en première année de candidature pour l'année académique 1999-2000. Ainsi, à la veille du passage dans le troisième millénaire, dès leur cinquième semaine à l'Institut, les étudiants entreprenaient, sur le thème "Architectures premières", une quête extraordinaire: la notion de temps semblait s'effacer et notre entendement convenu des valeurs se muer en quelques découvertes merveilleuses, comme issues d'une profondeur mystérieuse et magique. Nous abordions les territoires inconnus et fantastiques que nous révèlaient des architectures sans âge jusqu'alors enfouies sous les certitudes de nos connaissances bien organisées et confortables du passé.

A une tendance largement orchestrée et valorisée dans notre société, bien admise et pratiquée aujourd'hui dans notre petit monde de l'étude de l'architecture, qui s'efforce de rencontrer au plus tôt les aspects les plus récents d'une production architecturale de plus en plus marquée par une recherche effrénée d'originalité limitée le plus souvent à des variations sur les figures à la mode et à la satisfaction d'intérêts étroitement individuels, nous avons préféré tenter de prendre un peu de recul. Nous avons pris la liberté d'aborder l'étude de l'architecture par ce qu'elle peut offrir de plus radical et de plus fondamental, en dehors de tout jugement de valeur sur le temps et sur les cultures.

L' exercice proposé aux étudiants avait pour objet la découverte d'architectures généralement qualifiées de "primitives" au sens, généralement admis, d'architectures des débuts, non majeures, grossières, en quelque sorte "excusables" parce qu'encore dans l'enfance; architectures au seuil de l'architecture, issues de temps trop reculés pour avoir pu atteindre l'épanouissement dont nous aurions, en quelque sorte, le privilège; architectures produites dans des sociétés trop peu "développées" et, pour nombre d'entre-elles qui subsistent encore, quelque peu attardées si on les mesure à l'aune de notre "progrès". C'est donc en contradiction avec une manière d'aborder l'architecture qui nous semble trop immédiatement et étroitement liée à une reproduction de conventions actuelles, telles qu'elles sont quotidiennement véhiculées dans notre culture par les milieux professionnels, amplifiées par les médias, que nous avons voulu introduire une manière différente de situer les productions de l'architecture. Nous souhaitions rencontrer ainsi, dès le début des études, quelques questions essentielles sur l'architecture et sur sa place qui nous semblent devoir faire partie d'un premier abord des études.

Notre époque et plus particulièrement notre société dite "développée" souffrent de manière évidente des certitudes dans lesquelles elles se sont ancrées. Ainsi et malgré la multiplicité de ses modes d'expression et d'un recours croissant mais peu raisonné à une technologie de plus en plus sophistiquée, l'architecture contemporaine nous parait se situer, elle aussi, dans la ligne de cette dangeureuse illusion qui fait qu'une certaine forme de progrès est trop souvent confondue avec la culture; qu'il en tient même lieu alors que notre conception contemporaine de l'architecture n'est que le produit de l' évolution d'une évolution culturelle, relativement étroite, par trop particulière, limitée dans le temps et dans l'espace. Dans cette perspective, l'architecture contemporaine et son renouvellement nous semblent trop souvent l'expression d'une culture, en retrait sur les transformations profondes de la société, finalement et, finalement, presque locale et évènementielle.

L'évolution des conceptions de ce dernier siècle sur l'art, ainsi que la conscience qui se manifeste aujourd'hui comme une évidence, de la primauté des arts jusqu'ici considérés comme primitifs, devrait pourtant nous inviter à une réflexion plus vaste et plus fondamentale sur la nature des rapports qui concernent la société et donc le sens des productions culturelles, dont l'architecture.

L'émergence de cette conscience a été lente et progressive. Dès le début du siècle, Apolinaire se référant à l'une des plus riches institutions où s'étaient déja accumulées d'innombrables trésors "empruntés" par les chercheurs dans des contrées lointaines, jusque là ignorées, écrivait : " Les collections du musée de l'Homme sont mêlées à satisfaire la curiosité ethnique, et non le sentiment esthétique. Et cependant, il y a là quelques oeuvres d'art de premier ordre."

Cette proposition qui renversait l'ordre établi d'un système de valeurs par lequel notre société fondait sa logique de domination, contenait une réelle dimension révolutionnaire dont nous commençons aujourd'hui seulement à comprendre la véritale ampleur. L'art contemporain s'est nourri , mais surtout s'est transformé de manière radicale, des apports des arts dits "primitifs". Ces apports ont conduit bien au-delà de satisfactions exotiques ou de la recherche d'effets élémentairement innovateurs parceque les artistes, les premiers, ont su percevoir et comprendre dans ces productions les dimensions fascinantes auxquelles la société de leur époque était restée étrangère. De la même manière et de façon plus précise, alors que son temps qualifiait encore d'arts "primitifs" les productions issues de cultures différemment développées, André Malraux avait déja choisi de les appeler "arts primordiaux". Il nous mettait ainsi sur le chemin des conceptions actuelles, plus pertinentes, dans lesquelles la notion d' "Arts premiers" semble enfin acceptée.

Ce chemin parcouru confirme l'extraordinaire intuition des artistes du début du siècle qui allaient, ainsi que l'écrit Véronique Prat, "...bousculer les idées recues en découvrant aux arts premiers une esthétique novatrice là où l'habitude était de n'y voir que de la curiosité ethnique". Cette évolution ne consiste pas en une simple modification de contenu esthétique mais bien en une transformation radicale de notre comportement vis à vis de la culture et en une véritable "re-situation" de notre propre culture.

Le musée des Arts premiers destiné à être construit à Paris et qui fait actuellement l'objet d'un concours international, constitue, à cet égard, une manifestation concrète de l'importance de cette évolution des conceptions. Germaine Viatte, directeur du projet pour la muséologie, confirme l'intention : " En mettant l'accent sur l'esthétique, dimension jusqu'à présent trop négligée, il s'agit de renouveler notre regard sur le monde." Comment la production architecturale, en particulier la conception de l'espace et donc la formation en architecture, pourrait-elle ne pas être impliquée par une telle évolution ?

La critique de l'architecture contemporaine en liaison avec celles des arts en général reste sans doute encore, en grande partie, à faire. On peut certainement affirmer que cette conscience, qui s'est manifestée dans les mouvements esthétiques au début du siècle, a certainement marqué l'évolution des conceptions dans différents domaines, dont l'architecture. Elle a aussi modifié notre rapport avec l'architecture. Néanmoins, la nature même des productions architecturales comme la nature et la relative "pesanteur" des processus qu'elle met en oeuvre, leur profond enracinement dans les pratiques du marché et la valeur marchande des ouvrages elle-même, sa durée de gestation, et les conditions de son appropriation font que l'architecture est certainement moins l'objet d' une évolution rapide et radicale des concepts. Il en va de même pour l'enseignement de l'architecture. Sa dépendance vis-à-vis de cadres et de règlementations inutilement pesants mais aussi de finalités, trop souvent étroitement, voir exclusivement professionnalistes, font qu'il reste, en contradiction avec ce que devrait être sa vocation, engoncé dans la reproduction de pratiques et de modes dont le poids et le conservatisme prévalent le plus souvent sur toute initiative réelle de critique ou d'actualisation de la pensée. L'absence d'une structure de recherche vient encore renforcer cette situation dans laquelle on peut sans doute identifier, en partie, les causes de l'inadéquation croissante dans notre société, entre les productions architecturales et les besoins. En cela, on peut affirmer que les instituts de formation faillissent, certainement pour une partie importante, à leur mission. La nécessité évidente de la transmission d'une masse importante de connaissances nécessaires à la meilleure pratique professionnelle et l'encombrement des programmes, n'ont rien à voir avec cette situation. De fait, sous le couvert de proliférations formelles multiples, le plus généralement gratuites, on est souvent confondu par la répétivité et la pauvreté esthétique et spatiale des projets, comme on est surpris par l'indigence des fondements intellectuels qui les sous-tendent, par l'absence d' inventivité technique et la timidité de l'exploration des possibilités offertes par la technologie. L'enseignement de l'architecture procède trop souvent comme si l'ensemble des critères qui permettent de déterminer ses finalités et la recevabilité des propositions architecturales était déja contenu dans une sorte de modèle comportemental et projectuel déja défini par les pratiques reconnues de notre temps, souvent marquées par l'échec; c'est à dire, dans un grand nombre de cas, réductrices et passées.

Si l'on accepte que les études en architecture n'ont pas pour unique objet de former les étudiants à la reproduction des seules dimensions professionnelles de la discipline dans le cadre d'un système reconnu de références consacrées, mais d'approfondir la connaissance de l'architecture et de préparer à recherche, sans exclusive, des nouveaux rapports architecturaux en correspondance avec les besoins nouveaux, il nous appartient de modifier notre conception de l'enseignement. C'est dans cette logique et de manière très modestes, que nous avons voulu, dans cet exercice, pour cinq semaines, convier les étudiants à une tentative derenouvellement de l'abord de l'étude de l'architecture.

Sans rejeter à priori aucune des conceptions majeures de l'architecture contemporaine dont l'étude devrait être sérieusement systématisée et approfondie, et sans remettre en cause la nécessité d'une formation professionnelle qui soit enfin solide et actualisée, nous pensons que la finalité essentielle des études d'architecture et donc leur contenu devrait être ré-orientés. Les études devraient, en priorité, consister à fournir aux étudiants les moyens intellectuels de la recherche des orientations qui seront à la base des réponses qu'ils devront fournir demain dans une société dont nous ne pouvons pas ignorer qu'elle est déja en totale mutation. Cela concerne tous les domaines de la pensée architecturale, de la projétation, de la critique, de la recherche et donc, bien entendu, des diverses formes des pratiques architecturales. Il nous incombe d'investir, sans à priori ni exclusive, la totalité du champ des productions humaines en rapport avec l'architecture, afin d' y déceler les éléments qui pourront contribuer aux éclosions nécessaires.

La démarche proposée dans l'exercice aux étudiants n'a pas été celle d'un quelconque retour dans le temps au service d'une approche nostalgique d'un illusoire paradis perdu, ni d'une quelconque réduction de la problématique architecturale. Le travail a été volontairement limité à des aspects appropriables à ce stade des études. Il a consisté, au départ de documentations empruntées aux milieux spécialisés, archéologie, ethnologie et/ou anthropologie, de tenter de restituer, d'un point de vue exclusivement constructif, des habitats indifféramment choisis dans la préhistoire ou dans la période historique, parfois contemporaine, considérés comme représentatifs des quelques grands types de construction dites "primitives" au sens ou l'entendait E. Guidoni : "Il n'existe pas de limites objectives et précises entre les cultures (et les architectures) qualifiées de "primitives" et de "populaires", pas d'équivalence entre les termes de primitif, vernaculaire et populaire. Sont qualifiées de "primitives", les cultures technologiquement peu développées (sous entendu par rapport aux nations occidentales et aux grandes civilisations de l'Orient avec toutes les réservesque cela appelle). Est qualifiée de"vernaculaire" toute architecture jugée "non savante" (sous-entendu en opposition aux conceptions que, dans un temps historique donné, une "élite" intellectuelle definit elle-même de "savante", selon ses propres systèmes de référence. Se voit désignée comme "populaire" l'architecture des couches sociales inférieures dans un système social basé sur une hiérarchisation des classes (sous-entendu, une architeture qui procède par défaut, qui est confrontée pour sa production à une indigence de moyens et qui ne peut refléter que des aspirations mineures d'un groupe considéré comme insuffisamment développé pour atteindre les modèles de référence des groupes dominants)."

Selon E. Guidoni, l'architecture "primitive", terme auquel nous souhaiterions voir substituer celui d'architecture "première", serait ainsi "l'expression des activités spatiales d'une société pré-étatique occupant un territoire déterminé et concervant un degré élevé d'indépendance économico-politique par rapport aux autres sociétés qui l'avoisinent". Elle est le domaine de l'usage (supposé) authentique ou (supposé) naïf des matériaux. Elle est donc celle qui n'existe que par des témoignages extérieurs venant de la tradition orale et de la recherche archéologique ou ethnologique. Dans cette conception, la notion de "primitivité" n'est pas celle qui correspondrait à l'expression d'un niveau culturel inférieur, étape "dépassée" par les sociétés plus avancées. Au contraire, le concept de primitivité est ici pris dans l'acceptation d'une situation historique formant un tout en soi, autosuffisante. "Dans l'architecture primitive, non seulement l'essentiel de ses composantes s'est constitué par un processus historique d'assimilation, en un contexte original et relativement indépendant, mais le contexte est perceptible dans sa signification intégrale, sans référence nécessaire à des pôles de conditionnement extérieurs; d'un point de vue historique, la société et l'architecture sont des faits "contemporains" qui ont évolué et se sont modifiés en étroit contact."

Des scientifiques appartenant à différentes institutions spécialisées ont contribué à rassembler la documentation et l'orientation bibliographique de base confiées aux étudiants. Le travail a été volontairement limité à l'étude de la construction par la restitution, directement en maquette, à l'échelle de 10 cm/m. Le travail a été conduit à partir de la seule culture matérielle des étudiants sans préparation spécifique. Les éléments d'information relatifs à la structure sociale, au mode d'organisation et à la culture des différentes populations, en particulier dans la relation avec l'occupation du territoire et les formes de l'habitat, ont constitué un cadre référentiel qui n'a pas fait l'objet d'interprètation ni d'investissements particuliers; l'idée étant de ne pas interférer avec le champ des diverses spécialités scientifiques sollicitées mais de procéder, par le biais d'une découverte empirique et de nature spécifiquement architecturale, à la recherche intuitive de conditions plausibles de la production de formes bâties. Les étudiants ont été considérés, quelle que soit leur origine, leur culture et leur niveau de connaissances, comme les réels détenteurs d'une culture matérielle et architecturale. Ils ont eu à analyser, jusqu'à la limite de leurs connaissances, le contenu de l'information dont ils disposaient avant de formuler leurs propres hypothèses pour la réalisation des constructions, l'emploi des matériaux, la conception des détails et la mise en oeuvre. Une des finalités de l'exercice a ainsi été l'élaboration, avec les étudiants, d'une méthodologie de l'un des aspects de la conception architecturale. Les étudiants ont du sélectionner, dans leurs propres hypothèses, les éléments qui leur paraissaient les plus cohérents avant d'en proposer une mise en oeuvre argumentée, de les confronter à la critique et de parvenir ainsi à une "re-construction" par la maquette de l'objet étudié.

Au total, ce sont plus de quatre-vingts habitats différents qui ont ainsi été étudiés et dont la restitution a été réalisée immédiatement en maquette. Les principaux types de huttes, de tentes et de cabanes, depuis les plus modestes etles plus sommaires - mais pas nécessairement les moins sophistiquées (hutte pigmée à structure tendue) - jusqu'à des constructions d'une complexité et d'une cohérence étonnante (maison Batak de Sumatra), et de nombreux habitats préhistoriques, ont été traîtés.Les étudiants ont été confrontés à une production architecturale qui s'est étalée sur des millénaires et qui a constitué, depuis les origines, l'immense majorité du parc des constructions érigées par les hommes. Cette production est encore contemporaine. Elle est toujours utilisée et elle est renouvelée quotidiennement, en adaptation constante avec le milieu et le niveau de culture. Elle continue à former une part importante du parc bâti.

Ces architectures offrent souvent des conditions exceptionnelles de qualité de vie et de confort, en rapport étroit avec les cultures dont elles sont issues. Elles sont à l'origine de l'essentiel des productions vernaculaires et de la plupart des grands types de ce qu'il est convenu de désigner sous le nom d'architecture savante.

Les étudiants ont témoigné un extraordinaire intérêt pour cette étude. Ils s'y sont investis d'une manière remarquable et les résultats ont largement dépassé l'attente, au point de fournir la base d'une exposition en cours de réalisation. Ils ont souvent été confondus par l'extrème diversités des types et des matériaux mis en oeuvre, par l'audace des solutions techniques et la richesse des conceptions structurelles, spatiales et formelles, comme ils l'ont été par l'extraordinaire rationalité et la sophistication des modes de mise en oeuvre et de productions. A un moment où la question du développement durable interpelle tous les responsables de la production architecturale, les étudiants ont pu, dans de nombreux cas, approcher la qualité des synthèses réalisées dans les architectures qu'ils ont étudiées, entre milieu, climat, matériaux, niveau de développement d'une culture technologique, exigences d'usage, relations anthropomorphiques, économie de la construction, aspects formels et esthétiques, etc. Ils ont été sensibles à la profonde symbiose réalisée par l'architecture entre les formes culturelles et le groupe social. De très nombreux domaines nous étaient fermés ou étaient peu accessibles tels que la connaissance des dimensions socio-culturelles, de la symbolique, du mode d'appropriation du territoire ou de la place de l'architecture dans le mode de représentation de l'univers, etc. Ces limites nous ont cependant mieux renseignés sur certaines dimensions essentielles de l'architecture qui sont trop souvent absentes dans les projets contemporains.

Au cours de cet exercice, nous avons été confrontés à de nombreuses surprises. Elles ont mis en évidence les limites de notre culture architecturale contemporaine et la nécessité de revoir un bon nombre des conceptions qui pouvaient nous sembler évidentes. Parmi elles, on peut, par exemple, citer l'impossibilité quasi absolue de la représentation préalable à la construction ou, du moins, la relative inutilité de la représentation de certaines formes architecturales par les moyens du dessin d'architecture traditionnel; impossibilité liée davantage au mode de conception et d'élaboration de ces architectures, qu'à la nature de la forme elle-même. A un moment où il devient manifeste que l'espace euclidien ne constitue plus la référence unique en matière de conception de l'espace, ni à nos pratiques et que les modes de représentation connaissent une évolution radicale permettant une saisie différente de systèmes formels non conventionnels, ceci devrait nous interpeller. Il en va de même pour les questions relatives aux liaisons entre architecture et milieu, à la géométrie et à sa signification, comme la logique de la production du bâti. Les rapports entre la culture et la structure sociale constituent également des domaines essentiels d'investigation dont nous pensons que l'architecture contemporaine est souvent trop éloignée. La rencontre de ces questions, dans une conception ouverte, dès le début des études, constitue une priorité et une nécessité.

D'une certaine manière, cet exercice est à rattacher à celui du "cageot" que nous avons initié et que nous pratiquons depuis maintenant quelques années. Dans les deux cas, l'essentiel de la démarche pédagogique à consisté à recentrer l'abord de la formation en architecture autour d'un propos volontairement minimaliste sur la recherche des fondements d'une connaissance spécifique au domaine qui nous est propre et en remontant, par l'expérimentation directe et matérielle au contact des matériaux et de leur mise en oeuvre, aux sources de la production des formes, des structures et des espaces. En effet, en absence d'un système de règles qui a pu,dans une société donnée et pour un public considéréhomogène, constituer l'ancrage d'une culture assise, pétrie de certitudes et inscrite dans une logique finie de la représentation spatiale, nous devons partir de la réalité que constituent les étudiants qui viennent aujourd'hui à l'étude de l'architecture. L'hétérogénéité de leurs origines, de leurs cultures et de leurs aspirations sont les meilleures manifestations des mouvements que connait la société pour fonder un enseignement de l'architecture qui soit réellement inscrit dans le temps. Nous devons admettre et reconnaître la mouvance culturelle dont les étudiants sont porteurs et partir de cet acquis afin de leur fournir les moyens de leurs propres investigations.

Nous devons surtout admettre que nous pourrions ne pas avoir compris, que quelles que soient les qualités qui les ont fondées, les conventions sur lesquelles reposent aujourd'hui notre culture et les productions architecturales contemporaines pourraient ne plus être adaptées, que d'autres espaces de l'architecture sont à explorer . En cela, ce premier investissement dans l'étude des "architectures premières", s'il a permis de rompre avec certaines conventions, aura pu, peut-être, constituer un élément d'introduction à quelques "premières architectures".

A suivre ...

J.P. POUCHOUS

Ont participé à la constitution de la documentation, de la bibliographie et de l'information:
Mme Anne Hauzer et M. Ivan Jadin du Département de la Préhistoire de l'Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique; Mme. A Hauzer a présenté une conférence sur l'habitat néolthique devant les étudiants de La Cambre;
M. Olivier Gosselain du département de la Préhistoire et M. Nolet documentaliste du Musée de l'Afrique de Tervuren;
M. Nicolas Cawe du Département de la Préhistoire des Musées Royaux du Cinquantenaire.